
Homme hypersensible : mon papa et moi face la masculinité forte

Florian est le créateur d'Attitude, un podcast et une plateforme dédiés à l'hypersensibilité. À travers des témoignages authentiques et des réflexions personnelles, il explore les émotions, les relations et le bien-être mental pour aider les personnes hypersensibles à mieux se comprendre et s'épanouir au quotidien.
Un homme, ça devait être fort et montrer sa masculinité.
Ces mots, nous sommes nombreux à les avoir entendus depuis notre tendre enfance. Pour ma part ils résonnent encore, même si je sais qu'ils sont le fruit d'une époque révolue et d'injonctions sociales lourdes qu'on espère bientôt obsolètes. Pourtant, ils ont guidé une grande partie de ma construction, et j'imagine encore plus celle de mon père à son époque.
J'avoue que quand j'ai commencé à me pencher sur mon hypersensibilité, je me suis posé la question : est-ce que mes traits sensibles sont en contradiction avec le fait d'être un homme ? Mon cerveau, déjà expert en overthinking, s'était bien entendu mis à mouliner.
Ce n'est qu'en me renseignant sur l'équilibre entre les énergies dites masculines et féminines que j'ai commencé à comprendre que ces traits, souvent considérés comme féminins (compassion, introspection, vulnérabilité), étaient en réalité des forces universelles dont aucun homme n'avait à avoir honte.
Quand la sensibilité est perçue comme une faiblesse
Nous vivons dans un monde qui, historiquement, a valorisé l'énergie dite masculine : l'action, le contrôle, la prise de décision, l'autorité. Ces traits sont certes nécessaires, mais ils ont créé un déséquilibre en reléguant la sensibilité, l'amour et la compassion au rang de faiblesses, surtout chez les hommes.

Pour mon père, qui a grandi dans les années 70 et 80 dans un milieu modeste à la campagne, cette injonction était d'autant plus forte. Un homme devait être celui qui bricole, qui répare, qui gère l'extérieur, qui ne se plaint pas. C'était la norme. Et je pense qu'il a intégré cette norme au point de ne jamais se donner le droit d'exprimer ses propres failles émotionnelles. Je me demande même s'il s'est déjà posé la moindre question dans ce sens d'ailleurs.
L'équilibre Yin et Yang : comprendre nos deux énergies
En me renseignant pas mal sur le sujet donc, je suis tombé sur un article qui relatait des informations au sujet de la culture chinoise, incluant notamment le Yin et le Yang. Ce jour-là, j'ai découvert que ces deux pôles représentaient bon nombres de dualités qui existent dans ce monde, dont les types d'énergie que nous possédons tous, indépendamment de notre sexe. L'énergie masculine (Yang) est souvent associée à la logique et à l'action. L'énergie féminine (Yin) quant à elle est liée à l'intuition, à l'introspection et, vous l'aurez compris, à la sensibilité.
Le problème, c'est que la société nous a poussés à développer l'un au détriment de l'autre. Pour un homme hypersensible, cette pression est donc doublement douloureuse : non seulement il ressent les choses plus fort, mais il doit en plus de ça les cacher davantage pour ne pas passer pour un "faible".
Masculinité culpabilisante : l'héritage silencieux
Mon père est quelqu'un de très anxieux, qui ressasse énormément et prend beaucoup de choses à cœur. Ce sont des signes qui, aujourd'hui, me font penser qu'il pourrait lui aussi être hypersensible. Mais à son époque, on ne mettait pas de mots sur ça. On appelait ça être "un gars anxieux et stressé" ou "un homme qui cogite trop".
Un soir, alors que j'étais de passage à la maison dans laquelle j'ai grandi, il a abordé le sujet de mon podcast, et il a commencé à s'excuser de ne pas avoir été assez présent quand on était jeunes, de ne pas avoir suivi nos réunions à l'école par exemple. J'ai eu des frissons instantanément et je me suis senti submergé par plusieurs émotions. D'un côté, je me sentais mal et je culpabilisais car je ne voulais en aucun cas qu'il le prenne comme un reproche les diverses expériences que j'avais pu raconter dans mes premiers épisodes. Je crois d'ailleurs qu'il a interprété mon témoignage sur ma mère comme une critique de son rôle. En parallèle, j'ai ressenti comme une connexion qui n'avait jamais vraiment été créée jusqu'ici car c'est un sujet dont on n'avait jamais vraiment parlé lui et moi alors que je devais souffler ma trentième bougie à la fin de cette année.

On peut y voir ici une forme de masculinité toxique, ou en tout cas une masculinité dont les attentes et la pression associée peuvent nous amener à nous couper de nos vrais ressentis. Dans notre cas à mon papa et moi-même, elle nous avait empêché de communiquer nos émotions pendant tout ce temps et nous a forcé à les transformer en culpabilité sous silence.
Après, de manière générale, je dois ajouter que mon père n'est pas du genre à faire passer les messages par les mots. Et moi, j'avoue que j'étais tellement habitué à ce mode de communication non verbal que j'ai mis du temps à comprendre son fonctionnement profond.
Mon chemin vers l'acceptation de mes énergies féminines
J'ai compris que mon père s'exprimait par l'action et le travail manuel, tandis que moi, je m'exprime par l'écriture et la réflexion. Il a fallu qu'il accepte que j'étais le gosse qui préférait lire et jouer aux jeux vidéo plutôt que de sortir jardiner ou bricoler avec lui. C'était dur pour lui, mais il l'a fait, car il a vu que l'école se passait bien pour moi, et que les études représentaient la voie qui me correspondait le plus. Il l'a donc accepté plutôt rapidement.
Aujourd'hui, après pas mal de recul et des connaissances plus approfondies sur la haute sensibilité et la dynamique de mon foyer familial, j'assume beaucoup plus facilement de faire l'inverse : j'accepte que mes traits sensibles ne soient pas une faiblesse, mais bien une boussole ou un ensemble d'indicateurs auxquels je dois me fier. Je crois maintenant que c'est en embrassant pleinement mon côté homme hypersensible que je peux être plus fort, plus présent pour les autres, et surtout, plus authentique avec moi-même.
C'est pour cela que je parle de ces sujets sur Attitude. Pour encourager les hommes à se connecter à leur vulnérabilité, sans craindre d'être jugés. Alors si tu es un homme et que tu te reconnais dans ce portrait, sache que tu n'es pas seul et que ta sensibilité est une force. Tu peux découvrir comment d'autres hommes vivent leur hypersensibilité par ici.
Florian.
Questions fréquentes
Comment savoir si on est un homme hypersensible ?
Les hommes hypersensibles présentent souvent les mêmes signes que les femmes, mais ils peuvent les masquer davantage. Les signes incluent une grande anxiété, une tendance à l'overthinking, une forte réaction aux stimuli (bruit, lumière), et une difficulté à gérer les émotions fortes qui sont souvent intériorisées.
Qu'est-ce que la masculinité toxique et comment l'éviter ?
La masculinité toxique est l'ensemble des normes sociales qui poussent les hommes à supprimer leurs émotions, à être agressifs, et à éviter la vulnérabilité pour prouver leur virilité. Pour l'éviter, il faut s'autoriser à exprimer ses émotions, à chercher de l'aide psychologique si besoin, et à valoriser des traits comme l'empathie et la compassion.
Un homme peut-il être sensible sans être hypersensible ?
Absolument. La sensibilité est une qualité humaine universelle. L'hypersensibilité est un trait de personnalité spécifique (HSP) qui se caractérise par un traitement plus profond des informations sensorielles et émotionnelles, touchant environ 15 à 20 % de la population, hommes compris.


