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hypersensibilité enfance : l'héritage de l'amour maternel
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Quand l'amour d'une maman cultive l'hypersensibilité chez l'enfant

Publié le 16 janvier 2026
Florian Husson

Florian Husson

Florian est le créateur d'Attitude, un podcast et une plateforme dédiés à l'hypersensibilité. À travers des témoignages authentiques et des réflexions personnelles, il explore les émotions, les relations et le bien-être mental pour aider les personnes hypersensibles à mieux se comprendre et s'épanouir au quotidien.

J'avais mon habitude, c'était simple, ma mère venait me chercher à l'école le midi et le soir. Je ne la quittais que quand j'étais à l'école justement et sinon je restais toujours auprès d'elle.

J'ai eu la chance d'être aimé inconditionnellement par mes parents. Mais lorsque l'amour maternel se manifeste par une présence quasi constante, il peut paradoxalement paraître étouffant et générer une grande anxiété face au monde extérieur. En tout cas c'est une réflexion que j'ai eu et que je maintiens encore en partie aujourd'hui. Car même si l'amour d'une mère est quelque chose de très précieux, il peut façonner de manière involontaire un attachement si fort qu'il rend toute tentative d'émancipation compliquée et douloureuse.

Mon histoire est celle d'un enfant qui a longtemps confondu amour et sécurité absolue, développant une profonde peur de l'abandon face au moindre détachement physique et psychologique. Je me demande aujourd'hui à quel point cette dynamique a pu influencer ou nourrir mon hypersensibilité. Voyons ça ensemble avec ce récit qui retrace ce cet attachement qui me lie à ma maman.

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Le cocon familial : sécurité vs hypersensibilité chez l'enfant

J'ai grandi dans un foyer aimant, mais aussi modeste, où l'anxiété et la peur de ne pas boucler les fins de mois s'invitaient régulièrement à table ou dans notre quotidien. Ma mère, Agnès, était assistante maternelle. Cela signifie que dès mon plus jeune âge, j'ai passé énormément de temps à la maison, auprès d'elle. Je n'avais pas besoin d'aller à la garderie ou chez une nounou puisque c'était elle qui s'occupait de ma sœur et moi. Certes, cela facilitait l'organisation familiale et nous permettait par la même occasion de faire des économies, mais ça permettait également à ma maman d'avoir un œil sur nous et indirectement de nous "couver". Ce schéma a donc contribué à créer une bulle, un "cocon" très protecteur mais que je quittais très rarement.

Une présence constante qui façonne la relation

Jusqu'à ma jeune adolescence, mon quotidien était donc assez simple : ma mère venait me chercher à l'école le midi et le soir. Je ne la quittais que durant les heures de cours. Et honnêtement, je crois que cette proximité constante a involontairement entravé le développement de mon autonomie et de la confiance en soi chez l'enfant hypersensible que j'étais.

Ce manque d'habitude à la séparation a eu des conséquences, notamment une difficulté à m'épanouir dans des environnements inconnus. Il était inimaginable pour moi de partir en colonie de vacances ou même de passer un weekend chez des amis sans mes parents. La simple perspective de quitter le cadre familial pendant 24 heures me terrifiait. Cette période m'a marqué et si j'en parle aujourd'hui, c'est parce que j'ai eu la volonté de comprendre le point de départ de tout ça.

La peur de l’abandon : une blessure profonde liée à l’attachement

Mon anxiété se manifestait de manière très concrète. À la sortie de l'école par exemple, je redoutais toujours le moment où je devais franchir la grille. Si je ne trouvais pas ma mère immédiatement des yeux, c'était la panique, les larmes, le début d'une crise d'angoisse. J'avais l'impression qu'elle m'abandonnait.

Je pense que cette sensation est directement liée à la peur de l'abandon . C’est une blessure qui a sans doute été nourrie par ce lien si fusionnel en partie, et ce, depuis que je suis bébé. Ensuite, le jour où l'on doit s'en détacher, même temporairement, l'enfant que j'étais, celui qui n'avait pas appris à se rassurer seul et surtout à se faire confiance, se sentait démuni face à l'immensité du monde qui ressemblait à une immense zone d'inconfort et de danger.

Les angoisses face à l'inconnu

Cette anxiété a atteint son paroxysme lorsque j'ai été confronté à des problèmes de santé durant l'adolescence. Ces épisodes mystérieux, qui m'ont mené jusqu'à Paris pour des séjours à l'hôpital Trousseau puis Necker, ont généré un stress immense dans la famille, vous vous doutez bien.

relation mère-enfant et hypersensibilité enfant

Je me souviens de cette peur qui planait à la maison, surtout quand il a fallu monter à la capitale pour faire une opération : un hôpital, Paris, une maladie inconnue… l'ultime combo pour terroriser l'enfant anxieux que j'étais. Mais je me souviens surtout que ma mère était là, qu'elle m'avait accompagné durant ces quelques jours et qu'elle veillait sur moi même le soir, dormant à mes côtés grâce au second lit disponible dans la chambre d'hôpital que j'occupais. Cette présence a été cruciale, et si l'on ne peut pas parler de relation mère fils toxique (loin de là !), on peut constater que cette dynamique de proximité extrême a renforcé mon besoin constant d'être rassuré par elle.

D'ailleurs, si vous aussi vous ressentez une difficulté à vous séparer de vos proches ou à créer des liens sains, cela signifie probablement que vous et moi partageons un fonctionnement similaire dans nos relations et que l'on souffre d'attachement anxieux. Si cela vous intéresse, et que vous voulez explorez l'origine de vos schémas d'attachement, je vous partage ici ma vision de ce style d'attachement Comprendre l’attachement anxieux et ses conséquences sur vos relations. Peut-être que ça peut vous aider à mettre des mots et surtout du sens sur ces mécanismes.

Les défis de l'autonomie : grandir et se détacher

Il me parait intéressant de resituer un peu l'enfant que j'étais également. J'ai toujours été un enfant sage qui se conformait aux règles, évitant de faire des vagues pour ne pas générer de conflits ou d'attention négative. Mais l'absence de confiance en moi, ce manque de solidité interne, était flagrant. Dans l'idée, je préférais m'excuser et me faire tout petit plutôt que de m'affirmer.

etre hypersensible et la confiance en soi

L'élément déclencheur de mon autonomie fut le départ pour les études, il y a plus de 12 ans maintenant. Quitter la maison fut brutal, et les débuts de la vie d'étudiant indépendant furent très difficiles (je rentrais chaque weekend). Mais c'est aussi et surtout ce qui m'a forcé à apprendre à vivre par mes propres moyens, à m'occuper de moi-même et à m'accorder ma propre confiance.

Bâtir son propre système de soutien et d'estime de soi

Ce chemin vers l'autonomie a été salutaire. J'ai appris à développer des relations de qualité avec des gens de confiance – ma "famille choisie". Ces personnes sont devenues des piliers, remplaçant peu à peu le besoin constant d'avoir ma mère physiquement à mes côtés pour me sécuriser.

Bien sûr, le soutien de ma famille reste inébranlable. Mes parents sont fiers de mon parcours, et ils m'ont soutenu sans réserve lorsque j'ai lancé ce podcast. Alors peut-être que cet amour inconditionnel explique en partie ma haute sensibilité, à travers ce que j'ai vécu et vous en avez maintenant une petite idée. Mais cela m'a également apporté cette force intérieure qui se traduit par cette capacité à avancer et à développer petit à petit cette fameuse confiance en soi.

Le petit garçon que j'étais, et qui m'accompagne encore parfois dans la vie de tous les jours, doit être fier de ce que j'ai pu accomplir jusqu'ici, avec cette volonté ces dernières années de vouloir à tout prix sortir de ma zone de confort. Certes, ça passe d'abord par des petites expériences comme aller seul au cinéma. Mais très vite, ces petites victoires aspirent à devenir de plus grandes célébrations, comme ça l'a été pour moi lorsque je me suis lancé pour la première fois dans un voyage en solitaire. Alors si vous êtes en plein dans cette quête d'autonomie, je vous encourage à découvrir mon premier voyage en solo pour des pistes sur comment s'affranchir et gagner en indépendance.

L'amour comme moteur, pas comme entrave

Mon histoire familiale et ma relation avec ma mère ne sont évidemment pas des reproches, mais une analyse de comment l'amour le plus pur peut parfois créer des schémas d'attachement complexes. Le soutien inconditionnel de ma mère a été un moteur, non pas une entrave. Il m'a donné la base pour survivre, même s'il a fallu ensuite apprendre à m'envoler sans m'écraser.

Aujourd'hui, je suis fier de qui je suis et de ce que je suis devenu, en grande partie grâce à mes deux parents. Si tu te reconnais dans cette difficulté à couper le cordon ou cette anxiété face à l'autonomie, sache que le chemin vers l'indépendance émotionnelle est long, mais possible. Il commence souvent par la compréhension de sa propre histoire, puis par une volonté intrinsèque et déterminée de se rendre la vie la plus épanouissante possible.

Florian.

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Questions fréquentes

Comment savoir si le lien mère-enfant est trop fusionnel ?

Un lien est considéré comme trop fusionnel s'il entrave l'autonomie de l'enfant et provoque une anxiété sévère lors des séparations, même courtes. Les signes incluent : une difficulté chronique pour l'enfant à s'endormir seul, des crises d'angoisse récurrentes à l'idée de quitter le parent, ou un besoin constant du parent de s'assurer du bien-être de l'enfant dans toutes ses activités.

Une surprotection maternelle peut-elle créer un adulte hypersensible ?

La surprotection n'est pas la cause directe de l'hypersensibilité, mais elle peut exacerber les manifestations anxieuses qui y sont associées. En limitant les expériences de détachement et d'autonomie, la surprotection empêche l'enfant de développer les outils nécessaires pour gérer la nouveauté et l'incertitude seul, augmentant ainsi l'anxiété et les réactions émotionnelles intenses propres à l'hypersensibilité.

Comment guérir de la peur de l’abandon liée à la relation mère-enfant ?

Guérir de la peur de l'abandon (ou de la blessure d'abandon) nécessite souvent un travail thérapeutique approfondi pour identifier et désamorcer les schémas d'attachement insécurisants. Cela passe par : 1) Reconnaître que l'attachement adulte n'est pas l'attachement enfantin, 2) Développer la régulation émotionnelle, 3) Travailler la confiance en soi pour ne plus dépendre de l'approbation extérieure, et 4) Apprendre à tolérer l'incertitude et la solitude.