
Peur de l'abandon : comment se libérer de cette blessure

Florian est le créateur d'Attitude, un podcast et une plateforme dédiés à l'hypersensibilité. À travers des témoignages authentiques et des réflexions personnelles, il explore les émotions, les relations et le bien-être mental pour aider les personnes hypersensibles à mieux se comprendre et s'épanouir au quotidien.
Il a fallu vous débrouiller seul très vite.
Ces mots m'ont d'abord provoqué un sourire niais avant de laisser place à un électrochoc au plus profond de moi. C'est ma thérapeute qui les a prononcés, et ils ont fait écho en moi d'une manière que je n'aurais jamais soupçonnée. Moi, abandonné ? Impossible ! J'ai grandi dans un foyer aimant, avec des parents dévoués qui ont tout fait pour moi alors penser ça serait leur manquer de respect.
J'étais dans le déni. Je refusais d'associer ma dépendance affective à une quelconque blessure d'abandon. Pourtant, cette phrase a débloqué un pan entier de mon histoire, révélant que l'abandon n'est pas toujours physique. Il peut être émotionnel, lié à l'attachement et au sentiment d'avoir dû faire face au monde sans filet de sécurité pour les grandes questions de la vie.
Si vous vous reconnaissez dans cette situation complexe, où vous avez l'impression d'avoir tout eu, mais de manquer de quelque chose d'essentiel, ce partage va peut-être faire écho en vous.
Ce que signifie vraiment la blessure de l'abandon
Quand on parle de peur de l'abandon, on imagine souvent un départ brutal, un traumatisme visible. Chez moi, la réalité était bien plus subtile. Elle remonte à une relation d'attachement qui, bien que pleine d'amour, est devenue insécurisante sur le plan des besoins émotionnels et de l'orientation de vie.
Ce n'est pas parce que mes parents ne m'aimaient pas qu'ils m'ont « abandonné ». C'est parce que, venant d'un milieu modeste, ils n'avaient pas les clés pour m'accompagner dans un parcours scolaire et de vie qui sortait de leur propre cadre. Ils ne savaient pas quoi me dire, vers qui se tourner pour m'aider.
L'insécurité émotionnelle de l'enfant
Le résultat ? En tant qu'enfant, puis adolescent, j'ai développé très tôt une autonomie forcée face aux grandes questions. Que dois-je faire de ma vie ? Comment gérer mes émotions complexes ? Qu'est-ce qui se passera si je me trompe ?

J'ai dû me débrouiller seul très vite sur ces questions capitales pour mon avenir. Cela a donc créé un sentiment profond d'insécurité. Si je n'ai personne pour me guider, si personne ne comprend mes interrogations, alors je dois me fier uniquement à moi-même. Mais quand on a une mauvaise estime de soi, cette solitude face aux choix devient terrifiante.
Le manque de confiance en soi n'est pas la cause, c'est la conséquence. La conséquence de n'avoir jamais été entendu ou validé sur mes besoins profonds. Et pour combler ce vide, j'ai cherché désespérément la reconnaissance, la validation, l'amour inconditionnel à l'extérieur, d'où la dépendance affective en amour.
Grandir avec un « super-pouvoir » non compris
Pour les hypersensibles, ce contexte est d'autant plus difficile. Notre capacité à ressentir les choses est notre « super-pouvoir », mais quand on ne sait pas le gérer, il devient un fardeau. J'étais bon à l'école, ce qui me distinguait, mais mes parents, dévoués et aimants, ne comprenaient pas ce trait.
Je ne sais pas comment il fait, je ne sais pas de qui il tient pour apprendre comme ça.
Ces phrases, bien que dites avec affection, soulignaient une distance, une incompréhension. J'ai donc appris à minimiser mes émotions et mes besoins intellectuels pour ne pas créer de vague. C'est là que j'ai commencé à camoufler qui j'étais vraiment, ce qui était comme une forme de trahison envers moi-même.
Quitter le foyer familial et le pouvoir de la confiance en soi
Mon départ à Dijon pour mes études a marqué ma première véritable rupture avec ce cadre. C'était pour moi une sorte d'émancipation émotionnelle. Je cherchais à l'extérieur ce que je ne pouvais pas trouver à la maison : un lieu où mes interrogations auraient leur place, où je pourrais échanger avec des gens qui me comprendraient.

C'est d'ailleurs à ce moment-là que j'ai rencontré ma première partenaire, et c'est là que la dépendance affective s'est installée. La famille de ma partenaire, l'écoute, les discussions plus soutenues... Je m'y suis accroché comme une bouée de sauvetage. Je cherchais de manière inconsciente à remplacer le soutien émotionnel qui avait manqué durant toute mon enfance.
Mon chemin vers l'autonomie émotionnelle
Une fois que j'ai accepté l'idée que cette peur de l'abandon était la racine de ma dépendance, j'ai pu commencer à travailler sur la seule chose qui pouvait la guérir : ma relation avec moi-même. La clé, c'est de se donner le temps de se connaître. Et surtout, de se donner le droit d'apprendre à se suffire à soi-même.
Briser le cycle de la dépendance
J'ai mis en place des actions concrètes pour prouver à mon cerveau que je pouvais m'épanouir sans l'approbation d'un partenaire. Le stress de la nouveauté est typique, je le sais maintenant, mais qu'est-ce que c'est puissant une fois qu'on l'a dépassé.
Le défi du solo : Aller au cinéma, au spectacle, ou même faire un petit voyage seul. La première fois, on a l'impression que tout le monde nous regarde. J'avoue que quand je suis arrivé seul au spectacle, mon cerveau s'est mis à mouliner : « Est-ce qu'ils se demandent si on m'a mis un plan ? ». La réalité ? Les gens n'en ont juste rien à faire. Ils sont concentrés sur eux-mêmes la plupart du temps et il faut surtout garder en tête que dans le pire des cas ces inconnus disparaitront de ma vie dès la fin du spectacle.
Se reconnecter à ses passions : Qu'est-ce qui vous plaît VRAIMENT, indépendamment de votre partenaire ? J'ai redécouvert le plaisir de lire, de me promener, d'écrire (ce podcast en est la preuve !).

Le risque derrière tout ça, c'est de prendre goût à sa propre compagnie et de se rendre compte qu'on est en fait la meilleure personne pour nous rendre heureux. C'est l'ultime antidote à la peur de l'abandon : savoir que même seul, on est complet.
Alors si vous êtes hypersensible et que vous luttez contre la dépendance, rappelez-vous que vous avez un super-pouvoir. Essayez peut-être de vous mettre dans les conditions où vous pourrez l'utiliser pour vous nourrir de l'intérieur, plutôt que de le laisser vous vider en cherchant constamment l'approbation extérieure. Et si vous voulez, on peut en discuter avec plaisir.
Florian.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la blessure d'abandon et comment se manifeste-t-elle ?
La blessure d'abandon est une douleur psychologique profonde, souvent contractée dans l'enfance, qui se manifeste par la peur panique de la solitude et du rejet. Elle peut s'exprimer par de la dépendance affective, un besoin de s'accrocher aux autres, ou par la difficulté à faire confiance et à s'engager pleinement dans une relation.
Comment l'enfance influence-t-elle la peur de l'abandon à l'âge adulte ?
À l'âge adulte, la peur de l'abandon est souvent liée à un style d'attachement insécurisant développé dans l'enfance, même dans un foyer aimant. Si les besoins émotionnels de l'enfant n'ont pas été entendus ou validés, ou s'il a dû se responsabiliser trop tôt face à des problématiques complexes, cela crée un sentiment d'insécurité qui perdure et qui alimente la dépendance.
Est-il possible de "guérir" de la peur de l'abandon ?
Oui, il est totalement possible de guérir ou, du moins, d'apprendre à vivre sereinement avec la peur de l'abandon. Cela nécessite un travail sur l'estime de soi, l'apprentissage de l'autonomie émotionnelle et, souvent, un accompagnement thérapeutique pour identifier et déconstruire les schémas d'attachement dysfonctionnels. Le but est de se sentir complet seul.


